3 trucs qui alourdissent votre style

Les auteurs débutants ont un défaut majeur je crois : ils veulent trop bien faire. Et donc ils en font trop, ils rajoutent des mots en trop, ils vont chercher des mots plus compliqués que nécessaire, et ça donne un style scolaire, pas fluide, irritant.

stylo-plume

Si vous vous sentez visé, ne le prenez pas mal. Laissez reposer un peu votre texte, et reprenez-le en ayant ça en tête. Ne désespérez pas, ces défauts de style que je pointe ici, je les retrouve quand je relis de vieux textes à moi. C’est normal. Tout le monde passe par là. On essaie tous de « trop » bien faire au début.

Ce « trop bien faire » passe surtout par l’envie de montrer au lecteur l’étendue de son vocabulaire, donc mettre le plus de mots possibles par phrase, et surtout, surtout, éviter les répétitions, parce que tout le monde sait que les répétitions, c’est le mal. Sauf que…

Désigner ses personnages

L’auteur débutant éprouvera donc une grande répugnance à répéter des mots dans un intervalle trop court, y compris quand ces mots sont des mots qu’il faut répéter. Comme les prénoms de ses personnages. Ou des pronoms personnels.

Non, non, il n’y a rien de mal à alterner entre le prénom du personnage et il/elle. Plus c’est neutre, moins votre style « raccroche » de façon désagréable, maladroite.

Toujours parce que c’est assez neutre, on peut utiliser des appellations assez génériques comme : « la jeune femme », « le jeune homme », etc.

Par contre, si vous vous mettez à parsemez vos textes d’appellations périphrastiques qui désignent vos personnages par leurs caractéristiques, ça va vite être imbuvable. Dans les grands classiques, on retrouve : la couleur des cheveux (« le blond », « la rouquine »), le métier (« le trader », « la journaliste »), l’âge (« la trentenaire »), la nationalité (« la Britannique »), et, si on est dans un univers fantastique, la race (« l’elfe », « le vampire »).

Alors vous vous dites sans doute qu’en plus de vous éviter de répéter les prénoms et les pronoms, cette technique vous permet un subtil largage d’informations sur vos personnages. Bon, désolée de devoir casser votre délire, mais c’est pas subtile du tout. Par contre, surtout si vous avez beaucoup de personnages, ça peut avoir l’effet totalement inverse à celui escompté : complètement perdre votre lecteur.

Imaginons une scène qui suivrait parfaitement ce modèle :

La rouquine tendit le carnet au journaliste qui s’en empara aussitôt. Le trentenaire attendait cette information depuis si longtemps. La métamorphe se racla la gorge : elle refusait d’admettre sa défaite. Le blond lui adressa un sourire entendu, mais la Bretonne ne l’entendait pas ainsi.

Bon, bonne chance pour démêler combien de personnages sont présents dans cette scène. Vous me direz : « oui, mais avec le contexte, le lecteur comprend de qui il s’agit ». Pas si sûr, si vous avez une scène avec mettons, six personnages, mais que vous utilisez leurs noms seulement une fois toutes les dix pages, il faudrait que vos lecteurs se baladent avec des fiches personnages sur des petits bristols pour suivre ce qu’il se passe. Évidemment, ce n’est pas le cas.

Donc respirez un grand coup. Relisez quelques uns de vos romans préférés. Constatez que l’auteur n’a pas de problème à répéter il/elle ou à simplement appeler son personnage par son nom. Et reprenez votre texte en essayant de vous débarrasser de cette manie.

Adjectifs en solde ! Adverbes, deux pour un !

Il m’est déjà arrivé (j’ai eu l’occasion de faire partie du comité de lecture de quelques maisons d’édition) de lire des manuscrits avec des paragraphes complets où il n’y avait pas un nom sans adjectif, et pas un verbe sans adverbe. C’est juste irrespirable. Juste pour vous donner une idée :

La vallée verdoyante déroulait paresseusement ses étendues herbeuses au pied des montagnes enneigées qui la surplombait sévèrement de toute la hauteur escarpée de leurs pentes arasées par des intempéries immémoriales.

Bah oui, le rythme est haché, vous n’arrivez pas à respirer, et quand vous arrivez à la fin de la phrase, vous ne savez plus de quoi ça parlait au début.

En anglais, on dit less is more : moins, ça fait plus. Au lieu de cette débauche sémantique, choisissez un ou deux adjectifs/adverbes qui caractérisent vraiment votre scène. Vos phrases seront plus percutantes, plus élégantes aussi, et on saura que vous avez exprimé l’idée que vous aviez en tête, au lieu d’avoir l’impression que vous jouez au Scrabble.

Ça vous permettra aussi de jouer davantage sur le rythme, avec des phrases courtes et d’autres plus déliées.

Verbes de dialogue

C’est plus ou moins le même problème qu’avec les noms des personnages : l’auteur débutant a l’impression qu’il ne peut pas se contenter d’un « dit ».

— Je vais tomber ! paniqua Rebecca.
— Certainement pas ! s’offusqua John.
— Je vais lâcher… pleurnicha-t-elle.
— Non, je suis là, décréta-t-il.
— D’accord, je fais de mon mieux, s’arma-t-elle de courage.

Alors que d’une part, il n’y a rien de honteux à utiliser « dire » et « répondre », et que d’autre part, cette scène serait beaucoup plus forte si on supprimait carrément la plupart de ces verbes de dialogue.

— Je vais tomber ! paniqua Rebecca.
— Certainement pas !
— Je vais lâcher…
— Non, je suis là.
— D’accord, je fais de mon mieux.

Ne reste que la panique de Rebecca. C’est ça qui est important dans la scène. Avec une surenchère de verbes de paroles, au mieux, on délaye l’émotion qui est vraiment au centre de la scène, au pire, on se retrouve avec un truc un peu bizarre, parce que les verbes trop recherchés qu’on a essayé d’utiliser ne sont pas tout à fait dans le ton : ce n’est peut-être pas le bon moment pour John de s’offusquer et de décréter, n’est-ce pas ?

Conclusion

Ma mère me répétait toujours « le mieux est l’ennemi du bien », et en écriture, ça se vérifie. Il ne faut pas chercher à trop en faire, surtout si vous débutez. Commencez par rechercher la simplicité, épurez votre style de tout ce qui est superflu, et vous verrez que quand un adverbe ou un verbe de dialogue marqué a vraiment sa raison d’être dans votre texte, il s’imposera à vous tout naturellement, parce que c’est lui qui donne le ton de la scène.

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9 réflexions sur “3 trucs qui alourdissent votre style

  1. LOL On dirait que cet article a été écrit pour le texte que je suis en train de corriger. 😉

    Pour les adjectifs, il y a aussi le fait d’exprimer une nuance précise par deux adjectifs approximatifs, au lieu d’en trouver un seul, le bon. Par ex, mettons : « soudain et violent » au lieu de, simplement, « brusque » ou « brutal ».

    Concernant les verbes de paroles, par contre, c’est un cas un peu plus subtil selon moi. Autant en anglais, ça passe très bien et il est même conseillé de se contenter de « he said/she said/ze said », autant ce n’est pas un règle qu’on peut transposer en français. En français, on n’aime pas les répétitions. Alors « dit » et « répondit », c’est bien, mais juste une fois chaque. De toute façon, comme tu le fais remarquer, ce n’est à préciser que lorsque c’est nécessaire, alors généralement, on s’en sort bien quand même.

    Dans mon expérience, les auteurs ont parfois du mal à déterminer *quand* c’est nécessaire. Je dois parfois autant supprimer des incises inutiles qu’en ajouter des manquantes. Par exemple, s’il y a plus que deux interlocuteurs, on ne sait pas à priori qui répond (dans quelques cas, on peut vivre avec cette incertitude, mais c’est rare). Ou, typiquement, il faut comprendre qu’on n’a pas besoin de préciser le locuteur s’il s’agit du sujet de la dernière action rapportée (par ex : Il se tourna vers nous. « Qu’est-ce que vous voulez? » Il est sous-entendu que « il » prononce la réplique). Mais, du coup, inversement, si le locuteur est une autre personne, il est impératif de le préciser : Il se tourna vers nous. « Tu as l’air fatigué », dis-je.

    Et enfin, comme dans ton exemple avec la panique, il y a les cas où le verbe est là pour préciser le sens de la réplique. Parfois, sans le ton, l’interprétation n’est pas commode. « Ça te va bien », le complimenta-t-elle. *vs* « Ça te va bien », le railla-t-elle. Deux sens complètement opposés! En fait, même là, on pourrait supposer que le contexte suffirait normalement à déterminer s’il s’agit de sarcasme, mais c’est juste une illustration. « Ça te va bien », s’étonna-t-elle. etc.

    Après, j’ai remarqué que la tolérance varie selon les correcteurs, mais perso, je ne laisserais jamais passer « s’arma-t-elle de courage » en incise, pas seulement parce que c’est lourd et inutile (ici), mais parce que c’est une action qui ne passe pas par la parole. Il y a une limite selon moi à ce qu’on peut mettre en incise; bientôt on aura « Comment vas-tu? » but-elle un verre d’eau. et « C’est beau », admira-t-elle le paysage. Désolée, mais non. Pour moi, ne peuvent être utilisés en incise que 1) les verbes transitifs directs dont le COD est la réplique en question (le cas de base, et aussi le plus courant : dire, répondre, s’exclamer, demander, annoncer, remarquer, etc.) et 2) par extension et tolérance, ceux dont l’action est réalisée par la réplique en question (interroger, intervenir, interrompre, etc.).

    Ça paraît que je me contredis, puisque mon « s’étonner » de tantôt n’est ni l’un ni l’autre… Alors, je plaide pour l’exception, pour le motif suscité (la nuance apportée par le verbe est nécessaire à l’interprétation du contenu de la réplique). De toute façon, il n’y a jamais de règle absolue, ou bien une seule : que la façon dont c’est écrit ne soit pas un barrière à la compréhension du texte. Si tout est très clair de façon immédiate, ça sera toujours bon, même si ça tord le cou à dix règles de grammaire et de style au passage (cela dit, c’est très rare).

    Et pour conclure (c’est un sujet fascinant, non?), je pense qu’il faut faire attention aussi à ne pas « rattraper » un mauvais dialogue par des incises trop fréquentes et lourdes. À un moment, si on doit toujours préciser le sens de la réplique par l’ajout de verbes et de compléments, c’est peut-être que la réplique elle-même est mauvaise, qu’elle est trop vague, ambiguë et/ou peu évocatrice. Ainsi, même ton « paniqua-t-elle » ne me semble pas forcément 100 % nécessaire. Si la fille est supendue dans le vide et qu’elle crie « Je vais tomber! », la lectrice peut imaginer toute seule qu’elle est en train de paniquer. Mais c’est le problème des exemples hors contexte. Dans un véritable récit, peut-être que le dialogue serait précédé de quelques précisions à propos comme « Elle suffoquait, les yeux écarquillés de terreur. » Dans ce cas, inutile d’en rajouter une couche avec « paniqua-t-elle ». (Même chose au fond pour « Ça te va bien », le complimenta-t-elle. Duh! Si la réplique elle-même est un compliment, le préciser est redondant… Toute chose évidente ne devrait jamais être explicitée et, au contraire, toute chose contre-intuitive devrait l’être.)

    • Wow, Jeanne, merci pour ce commentaire très complet et pertinent.

      Et au final, on est assez d’accord. Je n’ai jamais dit de supprimer complètement les verbes de paroles ou de n’utiliser que « dire » et « demander ».

      Quant à mes exemples, bien sûr, ils étaient grossiers et dépourvus de contexte, mais tu as tout à fait raison quand tu dis que le dialogue devrait souvent se suffire à lui-même et que le lecteur devrait pouvoir en inférer l’état d’esprit des personnages.

      Après, c’est vrai qu’en écrivant ça, j’avais plus en tête les auteurs très débutants, et que ces conseils sont un peu une « première vague » : d’abord débarrasser le texte de tout le superflu. Une fois que c’est fait, je pense qu’il est nécessaire de continuer à le travailler, pour au contraire, rajouter ce qui fait sa couleur, son sel.

  2. « Toujours parce que c’est assez neutre, on peut utiliser des appellations assez génériques comme : « la jeune femme », « le jeune homme », etc. » D’accord, mais certains ont déjà entendu la leçon et l’ont tellement bien apprise qu’ils répètent à l’envi ce genre de formule, qui devient vite indigeste. Il est nécessaire de caractériser un personnage, sans aller jusqu’à lui faire porter une pancarte en permanence, et si le jeune homme blond s’appelle Igor, qu’il y a un autre blond dans l’histoire qui s’appelle Ingmar, oui effectivement il vaut mieux utiliser les prénoms dès que possible… sans ça la blonde Ingrid (journaliste de son état et héroïne de l’histoire) ne va pas s’y retrouver non plus.

    Je crois que ce qu’il faut, pour faire bref, c’est 1/ ne pas en dire plus que nécessaire – mais pas moins non plus -, ce qui passe par une sélection de termes judicieux évitant de tartiner une ligne pour signifier que le héros a un petit creux vers minuit; 2/ faire respirer son texte, et une relecture à voix haute permet de couper ce qui étouffe* (et, hop, retour à 1/); 3/ éviter toute monotonie, donc par exemple toute vaine réitération de « dit-il » ou « répondit-elle » (d’ailleurs, on préférera le cas échéant marque l’intonation par quelque verbe choisi), ou de formules trop neutres (comme celles relevées ci-dessus) (et, hop, retour à 2/ et 1/). Il ne s’agit pas de simplifier (on y perd son style, ou tout espoir de style), mais de purifier son écriture de ce qui l’encrasse: phrases longues ou courtes, l’essentiel c’est que ça coule, que ça vive, et que ça ait une musique. Et que le lecteur aie les bonnes informations, aussi.

    * Débutant ou pas, on commet toujours des phrases qui laissent asphyxié, sauf si on est fan de Duras et qu’on adore les phrases minimalistes. Parfois c’est beau. Oui. Parfois. Beauté au rythme haché. Parfois insoutenable, aussi. Hélas.

    • Tout à fait d’accord, sur la musique, et la nécessité de savoir garder l’essentiel, sans asphyxier le texte.
      Cela dit, l’article ne prétend pas apprendre à avoir un (bon) style, mais conseille juste de se débarrasser des trois tics que je trouve, personnellement, les plus horripilants.
      Si c’est utilisé à bon escient, ce n’est plus un tic, et donc aucune raison de s’en débarrasser !

  3. Je suis d’accord sur les deux premiers points. Sur le 3e, je suis plus nuancée. Trop d’incise tue l’incise, certes. Mais pas d’incise sur des dialogues qui s’éternisent, c’est la plaie. On finit par ne plus savoir qui dit quoi !

    Bravo pour cet article très intéressant

    • Oui, oui, tout ça est à prendre avec des pincettes, bien sûr. Je n’ai jamais dit qu’il fallait tout supprimer, juste prendre conscience de quand c’est « trop ».
      Et pis en fait, moi je fais rarement des dialogues-fleuve sans rien entre : je coupe toujours avec un peu de narration.

      Merci Stephie ! 🙂

  4. Pingback: 3 Trucs qui alourdissent votre style – MÉTAFAURE – Elijaah Lebaron

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