Lecture : Neverwhere, de Neil Gaiman

J’ai entendu parler du concept d’urban fantasy il y a bien des années, mais, à part peut-être une ou deux nouvelles dans la revue Faëries éditée par Nestiveqnen, il s’est passé bien du temps avant que j’aie l’occasion d’en lire. Et quand c’est finalement arrivé, l’urban fantasy semblait plus ou moins s’être confondue avec la bit-lit, c’est à dire, des histoires centrées sur une « héroïne forte » qui castagne des démons, des vampires ou des loups-garous. Ce qui, ouais, j’en lis de temps en temps, mais c’est pas plus que ça ma tasse de thé.

J’attendais de l’urban fantasy quelque chose de plus… vaste : le même genre d’ « échelle » que dans les classiques de la fantasy, avec véritablement tout un monde à découvrir, et pas juste des créatures fantastiques dans un contexte contemporain. Mais avec l’idée que ce nouvel univers serait intimement lié à la ville, au monde urbain.

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Et c’est précisément ce qu’offre Neil Gaiman avec Neverwhere. La magie, l’étrangeté, l’autre, l’ailleurs… ce que j’aime dans la fantasy classique où on est en principe dans les grands espaces, les montagnes, les plaines, ici, tout ça est filé dans le tissu même qui fait la ville. Et j’adore. Lire la suite

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Lecture : À un stade du plaisir, Valéry K Baran

Opération séduction chez HQN à l’occasion de la coupe du monde de rugby avec toute une collection de courts romans remplis de beaux rugbymen.

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Alors, quand j’ai entendu associer les mots littérature érotique et rugby, des images de certains calendriers me sont revenues en mémoire et je me suis dit que c’était le genre de sujet parfait pour du M/M steamy hot. Je m’attendais donc à ce que plusieurs des novellas proposées appartiennent à ce genre. Je me suis d’abord jetée sur celle de Valéry K. Baran parce que c’est une auteure que je connais et apprécie, avec l’intention de compléter cette chronique avec d’autres textes 100% sexy rugby en mode M/M. Mais à ma grande surprise, celui de Valéry est le seul. J’ai été un peu déçue parce qu’à mon avis le sujet avait énormément de potentiel en M/M mais bon, la nouvelle de Valéry est vraiment bonne, donc je suis contente quand même.

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Elle est construite de façon intéressante avec toute une série de flash-backs qui permettent de démarrer dans le vif de l’action et puis de présenter les personnages au fur et à mesure. Ça permet aussi de balancer agréablement les scènes chaudes avec l’intrigue, de créer une progression dans le côté sexy sans jamais qu’il y ait de lassitude pour autant.

Les personnages sont bien construits, avec un background intelligemment posé – même s’il est évidemment plus développé pour Josh, le personnage principal, que pour son partenaire, Damien – des motivations cohérentes et des contradictions qui les rendent humains, réels. Et en seulement 75 pages, Valéry parvient à faire évoluer et grandir son héros, de façon crédible. C’est d’ailleurs un des thèmes principaux du texte : un tout jeune homme qui apprend à apprivoiser sa sexualité. On part donc d’un perso violent, impulsif et quand même pas mal macho et c’est un plaisir de voir Valéry dérouler le fil de son histoire, pour nous montrer d’abord ce qui a fait qu’il s’est construit ainsi et comment il va parvenir à dépasser ses réticences et vivre vraiment qui il est.

Forcément, tout ça donne pas mal de tensions, de non-dits et de violence entre les deux héros et la nouvelle s’ouvre sur une scène de bagarre qui mène à du sexe. Alors voilà, tout ça c’est des thèmes que j’aime beaucoup mais qui, mal traités, peuvent donner des trucs assez catastrophiques. Heureusement, il n’en est rien dans cette nouvelle et Valéry mène le sujet de main de maître. Oui, il y a un mélange de sexe et de violence, des frustrations qui prennent le pas sur la raison, mais ce n’est pas malsain au sens où le personnage se rend immédiatement compte qu’il y a un problème avec sa façon d’agir, et travaille sur lui-même pour le régler.

Enfin, je m’attendais un peu à ce que le rugby ne soit qu’un décor un peu accessoire, une simple toile de fond pour raconter une histoire hot. Ça ne me dérangeait pas car je ne suis pas une grande fan de sport, mais Valéry m’a forcée à me prendre au jeu, à m’intéresser aux termes techniques et à vouloir suivre la trajectoire de ces jeunes joueurs, pas seulement sur le plan de leur vie sentimentale mais aussi en ce qui concerne leur carrière.

Lecture : The Night Circus, par Erin Morgenstern

J’ai dans mes connaissance internet quelqu’un qui est très enthousiaste sur The Night Circus, et du coup, c’est un de ces titres que j’avais classé sur l’étagère mentale « À lire si l’occasion se présente ». Il se trouve que pendant mes vacances je suis tombée dessus par hasard dans une librairie et comme j’avais envie de ramener un souvenir de ce voyage sans partir dans les conneries en plastique des magasins pour touristes, j’ai fait une exception à la règle qui veut que je n’achète plus de bouquins papier tant que je n’ai pas fait baisser ma PàL.

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Lecture : Le choix de Pénélope, Marie Lerouge

J’avais lu il y a quelques temps La valse des sentiments, le premier livre de Marie Lerouge paru chez HQN. Ça m’avait plu, du coup, comme on me proposait de chroniquer son nouveau roman, Le choix de Pénélope, je me suis empressée d’accepter. Je suis cependant un peu plus mitigée sur ce livre.

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L’homme assis et la femme-oiseau

De ce que l’auteure en disait, je pensais que ce serait une romance centrée sur le handicap du héros et les difficultés qui en découlent. Or j’ai eu l’impression qu’on restait toujours à la surface du sujet. Pas que ce soit jamais abordé, hein : c’est là pour la première nuit d’amour des protagonistes, le fait que Simon voyage difficilement… Mais je sais pas, il manquait quelque chose pour que je ressente vraiment sa condition. La plupart du temps, je l’oubliais — c’était peut-être le souhait de l’auteur, me direz-vous. Et puis j’ai trouvé que l’euphémisme « homme assis » revenait un peu trop souvent, qu’il poétisait un peu trop un truc qui l’est pas des masses.
En fait, j’aurais compris s’il avait été employé exclusivement quand on est du point de vue de Pénélope, parce que c’est ainsi qu’elle le voit : non pas une personne handicapée, mais simplement un homme qu’elle aime et qui se trouve être assis. Fort bien. Mais du coup, comme l’expression revient alors qu’on est du point de vue d’autres personnages — j’ai souvenir que c’est le cas avec le père de Pénélope, notamment — jai trouvé que ca en perdait un peu de sa force.

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Lecture : Osez 20 histoires de coups de foudre

La Musardine et ses « Osez 20 histoires« , vous connaissez ?

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Moi je trouve le concept sympa. Et donc je leur ai envoyé un texte, qui a été retenu pour le volume sur le coup de foudre. Du coup, j’étais pas mal curieuse de découvrir les textes des autres auteurs… Petit compte-rendu.

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20 histoires de coups de foudre sexuel

Dans l’ensemble, j’ai beaucoup aimé le recueil. Les textes fonctionnent bien ensemble, le format est vraiment agréable : on ne s’ennuie jamais et on passe rapidement d’une nouvelle à une autre.

Classique et efficace

La plupart des textes suivent un schéma assez similaire à celui du mien : deux inconnus, de l’attirance, un résultat explosif. Lire la suite

Lecture : La valse des sentiments, Marie Lerouge

Quand j’ai commencé à me dire que ça pourrait être cool de publier mes propres histoires, et de sortir du cocon douillet de la fanfiction, j’ai essayé de trouver des éditeurs qui correspondraient à ce que j’écrivais, c’est à dire de la romance. Evidemment, le grand leader du genre était bien sûr Harlequin. Mais à l’époque, ils ne publiaient que des traductions d’oeuvres anglophones. Grosso modo, personne ne publiait de romance francophone. Les choses ont bien changé depuis, avec pas mal d’éditeurs, numériques et/ou papier qui se sont spécialisés dans le genre – notamment Láska, chez qui j’ai publié mes premiers textes. Et Harlequin a suivi le mouvement, avec la collection HQN, entièrement réservée aux auteurs francophones. (A noter que, contrairement à ce à quoi Harlequin nous a habitués, HQN s’ouvre à d’autres genres que la romance.)

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Du coup, j’étais pas mal curieuse de lire ce qui se faisait chez eux, et l’occasion m’en a été donnée grâce à Marie Lerouge et les responsables du service presse HQN, que je remercie. Marie Lerouge est l’auteure de La valse des sentiments. J’ai tout de suite flashé sur la couv’ quand je l’ai vue défiler dans mon feeds facebook, et c’est comme ça que je suis rentrée en contact avec l’auteure.

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L’histoire en quelques mots…
Clara est une jeune violoniste, au tout début de sa carrière qui s’annonce brillante. A un concert dans sa ville d’origine, Strasbourg, elle rencontre Tristan un industriel complètement néophyte en matière de musique, mais qui tombe sous le charme de la jolie violoniste. Le coup de foudre est réciproque. Mais Clara doit partir pour Paris, où elle va intégrer une école prestigieuse. Leur relation tiendra-t-elle le choc de la distance ? C’est toute la question de ce roman. Lire la suite

Lecture : W.A.R.P. #1 L’Assassin malgré lui – Eoin Colfer

Il ne s’agit pas d’Artemis Fowl mais de Chevie, une jeune espionne indienne-américaine de dix-sept ans. Ou alors c’est Riley, quatorze ans, plein de suie, pour draguer un lectorat de tweenies masculins.

 

Avez-vous lu la série des Artemis Fowl d’Eoin Colfer ? Parce que moi, oui. Je suis tombée dedans un peu comme dans la potion magique, vers onze ans, et j’ai ensuite voué un culte inébranlable à Eoin Colfer et au petit Artemis, qui a eu la délicatesse de grandir en même temps que moi (tous mes héros et héroïnes d’enfance n’ont pas eu cette gentillesse.)
Ainsi, quand je me suis retrouvée devant une table de librairie à Galway, avec un bon millier de livres bien au chaud sur ma liseuse, et que j’ai vu ce nouvel ouvrage de Colfer… Eh bien ni une, ni deux, j’ai bondi et je l’ai emporté avec moi. Je lis surtout au coup de cœur, ça ne me dérange pas d’acquérir un livre sans forcément le lire tout de suite, j’attends en général « le bon moment », celui où la lecture fera « clic », où j’en profiterai le plus. Là, ce bon moment, c’était approximativement lorsque j’ai passé la porte de la librairie. Je précise pour la suite que j’ai lu WARP en anglais, il n’y aura donc rien sur la traduction française, puisque je ne l’ai jamais eue sous la main.

Alors, je reviens sur Artemis Fowl, car c’est pour moi une œuvre majeure de l’auteur de ce livre et même s’il est tout à fait possible d’adorer WARP sans avoir lu toute la bibliographie de Colfer, ça reste un délice sans nom de lire quelque chose de différent, et de l’y retrouver quand même.
Dans cette précédente série, on suit un garçon de douze ans doté d’une intelligence hors du commun et d’un compte en banque inépuisable, sans supervision parentale, qui profite de croire encore aux fées pour découvrir tous leurs secrets et kidnapper l’une d’entre elles pour demander une rançon. Un vrai petit super vilain en puissance, épaulé de son garde du corps Butler, sans qui il n’aurait probablement pas survécu jusqu’au début de la série (il est très agaçant).
Si je devais résumer très vite les raisons pour lesquelles je tiens cette série en très haute estime, on aurait tout d’abord la plume de l’auteur et son humour qui me faisait hurler de rire quand j’avais douze ans (j’étais déjà bon public, mais tout de même), le traitement des personnages qui était parfois acide mais toujours plein d’affection, et une galerie de personnages absolument fantastique, avec une part importante donnée aux femmes. Parenthèse féministe : oui, voir des femmes dans des rôles intéressants, c’est très important pour les petites filles ET les petits garçons, une Hermione par saga, ce n’est jamais suffisant.

Bref, pour moi, Eoin Colfer avait déjà su mélanger à la perfection les ingrédients rêvés pour une saga pour ados complètement réussie. Avec WARP, la question était donc de savoir s’il allait à nouveau réussir son coup, avec une histoire et des personnages très différents… N’en faisons pas des tonnes avec le suspense : je pense que oui, c’est dans la poche.

L’Assassin malgré lui, c’est Riley, un orphelin de l’ère victorienne, recueilli par un véritable assassin et prestidigitateur qui veut faire de lui un meurtrier de génie à qui transmettre tout son art.

Un peu plus d’un siècle plus tard, Chevie, dix-sept ans, est agent du FBI en probation suite à une bavure, ce pour quoi elle est envoyée à Londres surveiller une mystérieuse cabine au fond d’une cave pendant des mois.

Le rapport entre ces deux jeunes gens, c’est que lorsque la cabine que surveille Chevie au XXIe siècle s’ouvre, Riley se trouve à l’intérieur.

Leur problème ? Outre ce souci évident de voyage dans le temps, le terrible Albert Garrick, magicien, assassin, et père adoptif de Riley, est à leurs trousses. Inutile de préciser que rien ni personne ne peut l’arrêter.

Que dire de l’histoire, sinon qu’elle est bien rythmée, intéressante, parfois angoissante, et que tout est à mon sens parfaitement bien dosé ?
Difficile pour moi d’arrêter de comparer ça à Artemis Fowl, mais j’ai trouvé les personnages un brin moins hauts en couleurs que dans la saga précédente, sans doute parce qu’ici, ils sont tous humains et on peut moins leur donner de caractéristiques physiques frappantes. Pourtant, on retrouve tout de même l’humour de l’auteur dans le traitement des personnages et la dérision avec laquelle il traite les figures d’autorité, quelque chose que je trouve important dans un livre pour ados. Le duo principal fonctionne avec la même dynamique que précédemment, avec une fille tête brûlée et un garçon qui a un peu plus la tête sur les épaules (et moins prompt à prendre des risques), mais les personnages de Chevie et Riley sont nettement différents de Holly Short et Artemis Fowl, impossible de les confondre. L’antagoniste est redoutable, terrifiant et crédible, un personnage assez difficile à réussir, l’auteur a fait un excellent travail. Quand on dit de ce personnage que rien ne l’arrête, c’est que rien ne l’arrête. Je suis allée me coucher au milieu de ma lecture, et j’étais à deux doigts de vérifier sous mon lit avant de dormir.

Un autre aspect de l’histoire que je trouve très bien traité, c’est le voyage dans le temps. Après tout, toute l’histoire est basée là-dessus. On avait déjà eu du voyage temporel dans… Artemis Fowl et le paradoxe temporel. Si vous avez lu un peu de SF, vous saurez peut-être que par paradoxe temporel, on désigne les conséquences d’actions effectuées dans le passé sur le futur d’où vient le voyageur temporel. Il y a plusieurs théories, les trois principales étant : les actions effectuées dans le passé affectent le futur, les actions effectuées dans le passé génèrent une nouvelle ligne temporelle sous la forme d’une sorte d’univers parallèle, et enfin, les actions effectuées dans le passé n’affecteront pas le futur, puisqu’elles ont déjà eu lieu. (Tout va bien, personne n’a encore besoin de paracétamol ?)

Là où je suis plutôt contente, c’est lorsqu’Eoin Colfer choisit de ne plus utiliser la même théorie d’une saga à l’autre. Dans WARP, les actions effectuées dans le passé affectent le futur, et c’est autour de ça que tournera la saga. Un enjeu crucial dans le roman est l’importance de ne pas trop perturber le passé avec des connaissances et technologies du futur, pour laisser le temps suivre son cours. D’ailleurs, l’épilogue ouvre sur le tome suivant qui semble s’appuyer exactement sur ce thème, et depuis que je l’ai lu, je vis dans la douleur car l’édition poche n’est pas sortie et je boycotte les éditions qui (a) prennent deux fois plus de place que nécessaire, et (b) me coûtent autant qu’une semaine de courses (eh oui, les étudiants, c’est fauché comme les blés.) Je craquerai peut-être avant de quitter l’Irlande.

Voilà donc mon avis sur ce nouveau roman d’Eoin Colfer, et mon conseil serait de le mettre entre les mains des pré-ados et ados de votre connaissance, et de le lire vous-même ! Empruntez-le à la bibliothèque, débrouillez-vous, mais j’ai trouvé ce roman vraiment délectable et excitant, je suis ravie d’avoir craqué et je l’ai dévoré dans la soirée (disclaimer : je lis très très vite.) Ce n’est pas parce que c’est pour les ados que les adultes ne peuvent pas l’apprécier. Les années qui passent ne font pas forcément de vous des vieux croûtons, et les dix ou quinze ans écoulés depuis les débuts d’Artemis Fowl ne pèsent certainement pas sur l’écriture de Colfer, que j’ai trouvée ici aussi dynamique et rafraîchissante que jamais.

Lecture : Les Incertains, de Richard Arlain

Láska, c’est l’éditeur chez qui je suis éditée, et j’aime beaucoup le « modèle économique » qu’il propose, assez loin du reste du monde de l’édition. Un jour, je ferai sûrement un article à part pour vous en parler. En attendant, sachez que je suis abonnée en tant que lectrice chez eux, ce qui permet d’avoir accès à tout leur catalogue à prix mini.

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Le premier texte que j’ai lu chez eux, c’était Les Maladroits, de Richard Arlain. Ce texte a été un vrai coup de cœur, au sens, pas juste une lecture sympa, mais vraiment « voilà, c’est ça que j’ai envie de lire quand je lis de la romance, quelque chose de vrai, de réel, quelque chose qui me parle, sans clichés et sans personnages trop parfaits. Et mes textes à moi, c’est chez un éditeur qui publie ça que j’ai envie de les voir publiés. »

Donc quand j’ai appris (je surveille le catalogue de près) qu’une suite aux Maladroits allait voir le jour, j’étais super contente. Après, je dois dire que juste sur la couverture, c’est le genre de bouquins que j’aurais sans doute évité, parce que esthétiquement, c’est pas trop mon truc… Mais comme j’aime bien me tenir au courant de ce qui se passe chez Láska, que j’ai un abonnement chez eux, et que le contemporain est un de mes genres préférés, j’aurais probablement testé de toute façon, même sans connaître le nom de l’auteur.

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Puisqu’on en est aux couvertures, j’ouvre une parenthèse pour préciser que, par contre, j’adore celle des Maladroits. Je ne sais pas trop pourquoi, elle me fait penser à celle de Belle du Seigneur (en plus coquin, c’est certain), même si le cadrage n’est pas tout à fait le même. Mais la jeune femme sur les deux m’inspire le même sentiment de mystère que j’ai envie de percer. Bref. Fin de la parenthèse.

maladroits vs belleDans Les Maladroits on suivait la rencontre de Clarice et Simon, qui étudiaient dans le même IUT mais venaient de milieux sociaux très différents. Ellie, la petite sœur de Clarice, faisait en quelque sorte figure d’antagoniste puisqu’elle bloquait par moment l’avancement de l’intrigue amoureuse en s’interposant entre les deux tourtereaux. Un peu gênante, sans trop de personnalité, le genre de personnage qu’on met volontiers de côté pour s’intéresser à la « vraie » histoire.

Pas évident dans ces conditions d’écrire un second volume centré sur ce personnage. Pari réussi, cependant, avec Les IncertainsMais Richard Arlain met définitivement la barre très haut en nous proposant comme deuxième protagoniste de cette romance un anti-héros auquel, dès les premières pages du livre, on a pas mal envie de mettre son poing dans la figure. Il faut dire que Romain, qui s’est fait un jeu avec ses collègues informaticiens de séduire les femmes qui travaillent dans la même compagnie qu’eux, n’est pas seulement un goujat qui passe de conquête en conquête, mais surtout un type super creepy qui espionne sans vergogne l’intimité des femmes qu’il souhaite séduire. Je dois avouer qu’à la fin du premier chapitre, je n’étais pas certaine que l’auteur arrive à « racheter » suffisamment ce personnage pour que je puisse éprouver de la sympathie pour lui, et que j’aie envie de le voir finir avec l’héroïne.

Et pourtant… Pourtant, la magie opère bel et bien. Comment, pourquoi, je ne sais pas exactement, mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’au milieu du livre, j’étais à fond, je voulais vraiment voir nos deux héros finir dans les bras l’un de l’autre. Et je dois dire, c’est pas toujours le cas pour moi quand je lis de la romance. Souvent c’est un peu « meh », l’héroïne est désignée, le héros aussi, alors je me laisse prendre au jeu même si je sais comment ça finit, mais je ne ressens pas cette « urgence » à enfin voir les deux personnages heureux et ensemble, accomplis l’un à travers l’autre.
Avec Les Incertains, si, parce que Richard Arlain est très bon à montrer ce que les deux personnages s’apportent l’un à l’autre, comment ils se font grandir émotionnellement. C’est une romance, je sais bien qu’ils vont finir par se retrouver, n’empêche qu’il y a un moment où j’angoisse honnêtement, où j’espère qu’ils vont y réussir sans se faire trop de mal, tout ça.

Ensuite de quoi, des personnages secondaires qui font un peu plus que servir de décor. Par exemple, très chouette insertion d’un couple lesbien, sans que ça fasse forcé, ni tomber dans l’extrême simplification « oh tout va bien, il n’y aucune discrimination, jamais ». Non, c’est présenté avec naturel, justesse et on s’attache très vite au personnage de Laura. Mais c’est surtout pour avoir fait des éventuelles rivales d’Ellie – les autres filles que drague Romain – des vrais personnages, et pas juste des épouvantails en forme de fille qui se seraient mis entre les deux héros, que je suis vraiment fan de Richard Arlain. Et c’est aussi ce qui sauve Romain, d’ailleurs, le moment où il se rend compte que ce sont de vraies personnes qu’il blesse, pas juste une version en trois dimensions de ses rapports web.
Un peu en dehors de l’intrigue, mention spéciale pour une scène qui m’a vraiment touchée, où Ellie retourne dans son ancien lycée, et où elle se rend compte du chemin qu’elle a parcouru pour devenir qui elle est. J’ai vraiment aimé l’ambiance de ce passage, super réaliste, un peu nostalgique, en dehors du temps. J’avais l’impression d’y être moi-même. C’est ce genre de choses qui permettent de construire un personnage qui ne soit pas limité à l’intrigue amoureuse. Et c’est bien.

Finalement, mentionnons que vous pouvez parfaitement lire ce roman sans avoir lu Les Maladroits auparavant. On y retrouve Simon et Clarisse, alors c’est sympa pour ceux qui connaissent leur histoire, mais on peut parfaitement en faire abstraction pour se concentrer sur celle d’Ellie et Romain.

Lecture : L’aube de la guerrière, de Vanessa Terral

Il y a quelques temps, les Éditions du Chat Noir fêtaient leur trois ans. À cette occasion, ils faisaient une promotion très sympa : tous leurs ebooks à 0,99€. Évidemment, j’ai sauté sur l’aubaine.

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Et je me suis rendue compte que malgré toute ma bonne volonté à sortir du circuit des best-sellers et à donner leur chance à des auteurs inconnus, mine de rien, quand on devait choisir un livre « au hasard » on avait quand même vachement tendance à se porter vers un titre dont on avait déjà entendu parler. Et parmi tous ces livres qui m’étaient parfaitement inconnus, il y en avait un seul qui faisait tilt. D’une part, j’avais lu une critique de ce roman sur le blog de mon éditrice, romanceville, d’autre part, je connaissais de nom ? de vue ? l’auteure, Vanessa Terral que je croise souvent sur facebook sans pour autant avoir jamais rien lu d’elle. (Du moins, à ma connaissance, peut-être ai-je lu sans m’en rappeler une nouvelle d’elle dans un fanzine ou une anthologie – c’est dur de se rappeler des noms quand il y a une dizaine d’auteurs différents.)
Pour faire bonne mesure, je me suis aussi « forcée » à choisir à l’aveuglette (et encore, c’est jamais totalement à l’aveuglette, parce que j’ai quand même regardé vite fait les résumés et je me suis bien laissée influencer par les couvertures) deux autres romans chez le Chat Noir.

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Nan, mais ce mini-poulpe rose sur les genoux… je craque complètement.

Du moins le croyais-je, l’un d’eux s’est en fait révélé être le premier épisode d’une série. Je me suis laissée emporter par la joliesse de la couverture, et je ne m’en suis rendue compte qu’en le téléchargeant sur ma liseuse, en découvrant que l’ebook ne faisait qu’une trentaine de pages. Pour l’autre, Il neige sur Encelade, d’Olivier Moyano, c’est surtout le titre et le résumé qui m’ont attirée. J’espère avoir le temps de les lire bientôt et revenir vous en donner des nouvelles.

En attendant, après cette longue introduction, c’est de L’aube de la guerrière, de Vanessa Terral, dont je vais vous parler aujourd’hui.

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L’Aube de la Guerrière, comme le titre ne l’indique pas, c’est une histoire d’anges et de démons, mais pas seulement.
Et maintenant, un aveu. J’ai lu très peu de textes de ce genre. D’ailleurs, je ne sais pas trop quel est le bon terme : j’ai vu plein de gens désigner ce roman comme de la bit-lit. Je croyais que la bit-lit c’était que pour les vampires (et les garous ?). Du coup, ça me semble plus juste d’utiliser le terme plus général d’urban fantasy. Le principe de l’urban fantasy, c’est des histoires qui s’inscrivent dans notre réalité, mais avec des créatures fantastiques qui s’y baladent. On est bien là-dedans avec le roman de Vanessa Terral puisqu’il se passe à moitié dans la ville bien réelle de Laon (avec des descriptions bien documentées) et à moitié sur les plans astraux où se baladent les anges et les démons.

J’ai dit que j’avais très peu lu dans ce genre, et c’est une lacune embarrassante, que j’ai décidé de combler puisque, par contre, j’ai écrit dans ce genre. Eh oui, j’ai moi aussi une histoire de démons (sans ange, ou presque), qui va bientôt sortir aux Éditions Láska (le 6 novembre prochain). Du coup, ça m’intéressait bien de voir ce que d’autres auteurs faisaient dans le même genre et j’ai abordé ce roman avec une perspective sans doute un peu différente de celle d’autres lecteurs (« oh tiens, elle aussi elle utilise le mot emplumé », « ah, oui, ça c’est une bonne explication », etc.)

J’ai donc été particulièrement sensible à la façon dont Vanessa Terral développe son univers : les passages d’un monde à l’autre, l’administration du Paradis (qui a des allures franchement dystopiques), la façon dont les âmes sont réparties dans les factions angéliques, démoniaques ou dans la fameuse « Troisième Force ». Tout ça est plutôt passionnant. J’ai beaucoup aimé aussi sa façon de faire cohabiter religions monothéistes, athéisme et paganisme et aussi son explication comme quoi le monde des cieux évolue de façon à refléter ce qui se passe sur terre, que le Paradis n’a donc pas toujours été « comme ça », sous-entendu, si administratif.

Ensuite de ça, le style est dynamique, on ne s’ennuie pas, vraiment. C’est raconté à la première personne, du point de vue de Solange qui a perdu la vie il y a à peine trois semaines. On découvre donc le royaume des cieux avec elle, et ses missions de plus en plus dangereuses pour détruire les Larves, entités monstrueuses qui menacent tous les plans d’existence. Solange a de l’humour et du pragmatisme, ainsi qu’une façon de s’exprimer sans chichis : ça en fait une narratrice agréable à suivre.

J’ai été un peu moins convaincue par le background humain des personnages principaux (Solange et Aghilas). Les gros trucs bien dramatiques esquissés en deux temps trois mouvements juste pour donner un peu d’épaisseur au personnage, j’ai tendance à trouver ça too much, et ça a été le cas ici. Je préfère quand on reste dans la subtilité et le mystère, et le personnage de Bel est une réussite de ce côté-là. On en apprend plus au fur et au mesure sur ce perso, mais le mystère continue à planer : qu’est-ce qu’il fout sur ce plan, pourquoi il s’est retrouvé là, comment il gère les choses entre le Paradis et les autres factions…

Dans l’ensemble, une découverte agréable, qui donne envie d’aller en lire plus, que ce soit du côté de Vanessa Terral ou des Éditions du Chat Noir.

Trilogie l’Épreuve de James Dashner – Le labyrinthe, La terre brûlée, Le remède mortel

J’ai récemment lu ce qui reste ma meilleure découverte littéraire de 2014 : la trilogie de l’Épreuve, écrite par l’Américain James Dashner. C’est une série de romans pour ados, qui se déroule dans un univers dystopique qui penche vers le post-apocalypse, l’horreur et le suspense, parfum “Sa majesté des mouches”. Au cas où on manquerait encore d’étiquettes, sachez que cette série est aussi souvent comparée à la trilogie des Hunger Games de Suzanne Collins.

Je ne tiens pas à essayer de comparer les deux séries, qui me semblent d’ailleurs assez opposées. Non, ce que je viens vous dire dans cet article, c’est que la trilogie de l’Épreuve est vraiment excellente, et que ce serait dommage de passer à côté.

Dès les premières lignes, on suit un héros adolescent prisonnier dans un ascenseur en train de monter. Il ne se souvient que de son nom : Thomas. Quand l’ascenseur s’arrête enfin, il se retrouve parmi une cinquantaine de garçons dépenaillés dans un lieu parfaitement inconnu, où personne ne répond à ses questions. Il apprend petit à petit qu’ils vivent en bordure du Labyrinthe, dont les portes se referment la nuit pour permettre aux murs de changer de position pendant que des monstres s’y baladent. Thomas est déterminé à devenir un coureur, et à parcourir les méandres du labyrinthe avant la tombée de la nuit afin de trouver la sortie de cet endroit cauchemardesque…

Dans cette histoire, il est impossible de critiquer l’intégralité de la trilogie sans révéler des points clef de l’intrigue, qui constituent le principal intérêt de toute la série. Je vais donc rester volontairement très vague.

Je conseille à tous les auteurs en herbe d’y jeter un coup d’œil : la narration de James Dashner est parfaitement maîtrisée, le suspense est haletant, le mystère rend fou. L’auteur distille petit à petit des éléments qui permettent d’avancer l’histoire, et plus on en sait, plus on comprend que l’on ne sait rien. Chaque réponse appelle dix questions, dans une fuite en avant qui tient le lecteur en haleine à travers les trois tomes. Attention, c’est une série pour ado, mais elle est violente, mieux vaut ne pas la mettre entre les mains des plus jeunes. Vous pensiez que dans Game of Thrones, c’était l’hécatombe ? Attendez de lire l’Épreuve… Par contre, il n’y a pas de scènes osées, car dans un contexte où on ne sait pas si les personnages survivront jusqu’à la fin du paragraphe, on a autre chose à faire que de se préoccuper de sexualité adolescente.

L’auteur réussit parfaitement à poser la question de la véracité de la situation présentée. Lorsque Thomas arrive devant le Labyrinthe, au tout début, il ne sait pas qui il est, à qui il a affaire, ni où il se trouve. Petit à petit, on va lui expliquer certaines choses, il en devine d’autres, mais beaucoup se retrouvent en conflit. Très vite se pose la question de qui croire, et cette problématique est poussée à l’extrême. Saint Thomas ne croit que ce qu’il voit, mais notre héros Thomas aimerait bien pouvoir croire ce qu’il voit… Pourtant, il est forcé de tout remettre en question dans un monde où il n’a aucun repère. Sa perception de la réalité est testée en permanence, il en viendrait à soupçonner tout et tout le monde du pire, y compris lui-même, car comment il arrive un moment où il se demande s’il peut se faire confiance à lui-même…

La galerie de personnages est tout aussi intéressante. Les petits héros sont attachants, cohérents et bien développés. On peut regretter que trop peu des cinquante garçons soient nommés, au profit d’un petit groupe d’une quinzaine de personnages récurrents. Après avoir vécu des mois devant le Labyrinthe, les garçons ont même développé leur propre argot, qui contribue à renforcer le sentiment d’étrangeté du lieu et à construire une identité commune à tous ces grands enfants.

C’est bel et bien mon plus gros coup de cœur de l’année pour l’instant, et nous sommes en juin… C’est une trilogie que je conseille à tout le monde, à partir de douze ans. Je la recommande aux auteurs qui auraient envie de comprendre les mécanismes d’un mystère bien construit et d’une narration impeccablement maîtrisée, au sein d’un récit incroyablement dynamique.