Lecture : Neverwhere, de Neil Gaiman

J’ai entendu parler du concept d’urban fantasy il y a bien des années, mais, à part peut-être une ou deux nouvelles dans la revue Faëries éditée par Nestiveqnen, il s’est passé bien du temps avant que j’aie l’occasion d’en lire. Et quand c’est finalement arrivé, l’urban fantasy semblait plus ou moins s’être confondue avec la bit-lit, c’est à dire, des histoires centrées sur une « héroïne forte » qui castagne des démons, des vampires ou des loups-garous. Ce qui, ouais, j’en lis de temps en temps, mais c’est pas plus que ça ma tasse de thé.

J’attendais de l’urban fantasy quelque chose de plus… vaste : le même genre d’ « échelle » que dans les classiques de la fantasy, avec véritablement tout un monde à découvrir, et pas juste des créatures fantastiques dans un contexte contemporain. Mais avec l’idée que ce nouvel univers serait intimement lié à la ville, au monde urbain.

neverwhere-galleycat

Et c’est précisément ce qu’offre Neil Gaiman avec Neverwhere. La magie, l’étrangeté, l’autre, l’ailleurs… ce que j’aime dans la fantasy classique où on est en principe dans les grands espaces, les montagnes, les plaines, ici, tout ça est filé dans le tissu même qui fait la ville. Et j’adore.

The Underside

Neverwhere, c’est l’histoire des gens qui sont « tombés dans les interstices », les marginaux, les rejetés, ceux qui n’ont pas su trouver leur place, et qui se retrouvent dans the Underside, autrement dit, London Below (le Londres d’en-dessous, je précise que je l’ai lu en anglais et que je ne sais pas comment ça a été traduit.)

Le Londres d’en-dessous est éminemment souterrain, on évolue dans des stations de métro abandonnées, des égouts et toutes sortes de tunnels, mais pas seulement. Les personnages du dessous font parfois des incursions à la surface, dans notre réalité, où personne ne perçoit leur présence, à part justement, les marginaux, les SDF, qui se trouvent vivre entre ces deux mondes. Gaiman nous présente un Londres composite où des morceaux d’époque antérieures se dévoilent à tout moment derrière une porte et mène une critique (pas si subtile que ça, mais pertinente) du regard que notre société porte (ou ne porte pas justement) sur ceux qui vivent dans la rue et sont complètement invisibilisés.

Comme tout roman de fantasy qui se respecte, il s’ouvre sur une carte de son univers, sauf qu’ici, c’est le plan du métro de Londres. L’intrigue est très structurée par les noms des différentes stations (ce qui n’a dû être bien galère à traduire) : Knightsbridge, par exemple, devient Night’s Bridge, il y a vraiment un comte et sa cour à Earls Court, et on n’a plus qu’intérêt à mind the gap (faire attention à l’espace entre le train et le quai). C’est à la fois drôle et assez malin, j’aime bien voir un auteur qui sait trouver l’inspiration dans des trucs qu’on juge souvent un peu triviaux, comme les noms de station de métro.

J’aime beaucoup l’ambiance réalisme magique qu’on trouve par exemple dans cette scène du Fisher King de Terry Gaiman.

Et on trouve une ambiance assez similaire dans le roman de Gaiman, avec ses marquis en guenilles et son cortège de créatures étranges.

Représentation

J’ai apprécié aussi la diversité des personnages : bien sûr, on a l’archétype du personnage qui débarque et à travers les yeux de qui on découvre ce monde nouveau – c’est un procédé très classique dans les romans qui mettent en scène des univers parallèle. Et ce perso-là, il a tout du mec banal, avec une vie un peu chiante, et il correspond au héros de base hollywoodien : un mec blanc et hétéro. Mais à côté de ça, on a toute une galerie de persos un peu plus originaux, le marquis de Carabas, dont, honte à moi, je n’avais même pas tilté qu’il était noir au départ parce que j’intègre pas toujours la descriptions physique des persos quand je lis. Il a fallu que je cherche des fanarts au milieu de ma lecture – oui, j’aime bien faire ça au risque de me spoiler vicieusement – pour percuter. Et plein de personnages féminins traités intelligemment – ce qui n’est pas toujours évident. Il est par exemple sous-entendu que Hunter est lesbienne (ou bi ? en tout cas, attirée par les femmes) mais ce n’est pas ce qui la définit, c’est juste une facette, presque anecdotique, de son personnage.

©Algesiras

©Algesiras

D’ailleurs, je suis tombée sur cette déclaration de Gaiman que je trouve assez intelligente :

I tend not to write characters with sexual orientation as a starting point, unless that’s how they define themselves. Most people don’t.

(Quand j’écris, l’orientation sexuelle de mes personnages n’est pas mon point de départ, à moins que ce soit ainsi qu’ils se définissent eux-mêmes. Ce n’est pas le cas de la plupart des gens.)

Je vous parle plus de l’ambiance et des persos que de l’intrigue, parce que même si elle se tient et qu’on la suit avec intérêt, pour moi le grand plaisir de ce roman, c’est effectivement simplement d’évoluer dans cet univers. Pour finir, j’ai aimé le style qui possède ces petites touches d’humour qui me paraissent typiques de certains auteurs britanniques. Vous savez, c’est pas des grosses blagues évidentes, plus la façon même dont les choses sont énoncées qui les rendent comiques. Comme si le narrateur vous faisait des clins d’œil tout en gardant un visage super sérieux. Et moi, ça me met en joie.

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