La romance et les clichés : l’homme idéal est un connard

  1. La romance et les clichés

  2. Et la fanfic alors

Comme tout genre un tant soit peu codifié, la romance est sujette à voir se développer tout un tas de clichés. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Du coté des lecteurs, les clichés peuvent être ce qui fait qu’on a plaisir à lire, parce qu’on s’embarque dans une histoire en étant déjà un peu en terrain connu, et on sait que ça va nous plaire. Du coté des auteurs, c’est un terrain de jeu formidable, parce qu’il y a cette connivence avec les lecteurs, mais aussi parce que s’amuser à détourner les clichés peut donner lieu à des textes très créatifs et extrêmement plaisants à écrire.

Cela dit, quand les mêmes tropes sont utilisés encore et encore, sans aucune tentative d’originalité, on peut vite arriver à saturation. Mais surtout, à force d’être répété, au lieu d’être une simple histoire lue et puis oubliée, le cliché prend une valeur de vérité, on en vient à tirer des généralisations inconscientes quand on lit, dix, vingt, cent fois la même chose.

Du coup, je trouve certains clichés un peu dérangeants. Ce n’est pas le fait qu’un certain schéma soit utilisé une fois dans une histoire, mais bien le fait de le voir revenir ad nauseam, parce que ça crée une mentalité où on ne remet plus en questions certaines choses qui nous paraissent simplement naturelles.

Je te déteste… non, je t’aime

Le cliché que je veux examiner ici est celui du connard dont l’héroïne  tombe amoureuse. En soi, pourquoi pas, vous me direz, le plus intéressant dans une histoire, c’est souvent l’évolution des personnages, et quoi de plus radical comme évolution que de passer de deux personnages qui se détestent à un couple d’amoureux.
Et encore une fois, si c’était une histoire de temps en temps qui racontait ça, ça serait pas grave du tout, bien au contraire. Le problème, c’est que c’est le schéma dominant de la romance, celui qu’on retrouve presque à toutes les sauces.

Sketch_4_GQ_Couple_Fighting

Je reçois le catalogue des Editions HQN, qui sont un peu une référence en matière de romance. Il y a eu un mois où ça m’a carrément choquée à quel point ce modèle était omniprésent. Toutes les publications de ce mois-là, je dis bien toutes, se basaient sur le schéma suivant :

  • Une fille fait la connaissance d’un mec.
  • Il est arrogant, déplaisant au possible.
  • Les circonstances font qu’elle est obligée de le côtoyer ; elle lui fait comprendre clairement qu’elle ne peut pas le saquer.
  • Mais son arrogance n’a d’égal que son charme et petit à petit et bien malgré elle, elle tombe amoureuse.
  • A son contact, il devient moins connard et prend soudain les traits de l’homme idéal.

Et plus on ressasse ce genre de récits, plus on trouve normal de s’entendre répondre « mon fils embête votre fille ? Oh, c’est normal, c’est parce qu’il l’aime bien… » Bah non. C’est pas normal. Mais à force d’être abreuvé par ce schéma, on finit par le croire. Et ce schéma des persos qui se détestent mais finissent par se tomber dans les bras, c’est pas juste la romance, hein, on le retrouve aussi dans les films d’action ou les séries policières.

Mais c’est peut-être en romance que ce manque d’originalité est le plus déconcertant, puisque l’histoire d’amour est au cœur de l’œuvre. Alors, ça serait quand même un plus d’en faire quelque chose qui se démarque un peu, au lieu de reprendre encore et toujours ce schéma des héros-qui-se-détestent-mais-en-fait-ils-s’aiment

Cliché et réalisme

Parce qu’en plus de peindre une image pas très jojo des relations hommes-femmes, le problème que j’ai avec ce cliché, c’est qu’il est rarement réaliste. Sérieusement, dans la vraie vie, vous tombez souvent amoureux des gens que vous détestez ? Moi, ça m’est jamais arrivé. Alors si vous voulez me faire croire que votre héroïne va tomber amoureuse de l’insupportable fils de son patron, va falloir mettre le paquet niveau psychologie des personnages. Sauf que souvent, les clichés se nourrissant de clichés, c’est comme si on évoluait dans un univers où il est entendu de base que l’attitude de connard irrespectueux cache un vrai gentleman et que ça ne peut que plaire aux filles, et donc les raisons qui expliquent le basculement de l’héroïne sont balayées en deux temps trois mouvements. Et du coup, moi, j’y crois pas.

Certains me diront « oh, mais la romance, c’est pas fait pour être réaliste, c’est fait pour rêver, s’évader. » Sauf que personnellement, pour qu’un livre me fasse rêver, j’ai besoin qu’il s’inscrive dans un univers cohérent, pas un univers où de l’agressivité, quelques piques et un duel verbal suffisent à faire tomber les personnages dans les bras l’un de l’autre.

PS : je vous propose de poursuivre cette réflexion sur le connard en romance avec cet article centré sur la fanfiction.

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4 réflexions sur “La romance et les clichés : l’homme idéal est un connard

  1. Ah je suis bien d’accord avec toi, c’est un cliché qui a fini par m’insupporter ! J’ai l’impression que c’est un moyen facile d’intégrer de la tension dans cette romance, de faire en sorte que ça ne se fasse pas en claquant des doigts… alors que franchement c’est rarement crédible !

  2. Bonjour Viviane,

    Très content d’avoir fait votre connaissance mardi 28 juin à la Musardine et je vous remercie de votre dédicace. Votre nouvelle « Vendredi » m’a plus, j’ai aimé la dialectique du pouvoir entre les deux personnages mais, comme certaines autres du recueil, je lui ai trouvé un goût de « trop peu ». En fait j’aurais aimé une suite, plus perverse encore, et la « victoire » totale de l’un sur l’autre avec prise de contrôle de sa vie et humiliations devant certaines personnes faisant partie de la vie du perdant… Oui, je suis peut-être trop pervers ! En tout cas je lirai avec intérêt votre prochaine nouvelle dans le volume à paraitre.

    Cordialement,

    Dominique
    coachperso@aliceadsl.fr

    PS : est-ce bien vous que j’ai aperçue dans le RER B la même semaine ?

    • Bonjour Dominique,

      Merci pour ce retour. Eh oui, c’est souvent le « problème » des nouvelles : elles ébauchent et laissent beaucoup à l’imagination. Contente d’entendre que ça vous a plu néanmoins. N’hésitez pas à me dire ce que vous penserez du prochain Osez et de ma nouvelle quand il sera paru.

      Effectivement, nous nous sommes croisés dans le RER.

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