Maximiser les chances de voir son texte édité

Avant d’envoyer quoi que ce soit à un éditeur, j’ai commencé par me renseigner, fouiner, essayer de comprendre un peu comment ça marche tout ça.

Je parle pas de passer une après-midi sur internet à faire des recherches. Non. Pendant presque dix ans, j’ai écrit et publié sur internet, gratuitement. Et à coté de ça, je regardais ce qui se faisait. Je parcourais avidement les forums des éditeurs des bouquins que j’aimais, et je lisais, avec de grands yeux émerveillés, les échanges des auteurs de livres que j’avais appréciés. Je lisais des articles sur l’édition, je me baladais dans les librairies et je notais mentalement quelles maisons d’édition je voyais sur les rayons. Et j’avais toujours en tête l’idée que, oui, un jour, j’écrirais quelque chose que j’enverrais à un éditeur, mais que ce n’était pas le bon moment.

Alors, quand vous vous renseignez un peu sur l’édition, vous déchantez vite sur vos chances de jamais publier quoi que ce soit. En effet, on vous dit que les comités de lecture sont noyés sous une masse de manuscrits, et que, en moyenne, 1 manuscrit sur 6000 est publié.

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Arrivé là, autant jouer au loto…

Ce qui est vrai. Du coup, j’aurais pu décider que chercher à publier était une perte de temps et d’énergie, et qu’au final, ça serait bien plus simple et gratifiant de continuer comme je faisais, à publier gratuitement sur internet.

Sauf qu’entre temps, passionnée de lecture, de bouquins et d’édition, j’étais devenue lectrice bénévole dans le comité de lecture de plusieurs maisons d’édition. Et là, j’ai vu passer un nombre incalculable de romans de SF et de bit-lit chez un éditeur qui faisait de la fantasy, et des thèses complotistes en huit tomes sur la domination israélienne ou encore « la correspondance de mon arrière-grand-père qui a fait la guerre de 14 » chez un éditeur qui publie de la fiction.

Et vous avez beau, justement, avoir lu des articles qui vous conseillent de bien vous renseigner sur la ligne éditoriale avant d’envoyer votre manuscrit, si vous n’avez pas vu de vos yeux le gloubi-boulga que constitue la boite mail d’un éditeur, vous avez du mal à vous en rendre compte. Ensuite de ça, bien sûr, il y a tous les textes écrits en un français plus qu’approximatif, ceux dont l’intrigue n’a aucune cohérence, etc. Au bout du compte, vous vous dites que simplement en envoyant pas n’importe quoi à n’importe qui, et en vous relisant, vous avez largement plus de chances qu’une sur 6000.

Mais le truc, c’est que, soyons réalistes, vos chances de publier comme ça, du premier coup, un roman, restent faible. Parce que M. Gallimard n’attend pas désespérément que votre chef d’œuvre tombe sur son bureau ; il en a déjà quelques centaines en attente de lecture.

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Par contre, il arrive que l’éditeur attende effectivement votre manuscrit. C’est le fameux Appel à Textes. Alors, j’en ai déjà parlé ici, mais ça vaut le coup d’y revenir. On peut estimer que le nombre de textes reçus pour un AT va de quelques dizaines à quelques centaines. (Non, j’ai pas demandé un sondage à l’INSEE, c’est juste mes déductions personnelles en me baladant sur les pages facebook de pas mal d’éditeurs.) Or, une anthologie, c’est souvent autour de 10 à 20 textes. Du coup, en faisant des stats de littéraire (elles sont un peu moins précises que celles de l’INSEE) on en arrive à la conclusion qu’un texte envoyé pour répondre à un AT a entre 1 chance sur 10 et une chance sur 100 d’être retenu par l’éditeur. C’est quand même un peu plus motivant qu’une sur 6000, hein.

Arrivée là dans mes réflexions, je me suis dit que si je participais à une dizaine d’AT, j’avais une chance raisonnable de voir une de mes nouvelles publiées. Une chance sur dix quoi. Et fin 2013, j’ai envoyé ma première nouvelle à un AT. Elle a été retenue.
Depuis, en deux ans et demi, j’ai envoyé 20 nouvelles en réponse à des AT. Sur ces 20 nouvelles, 17 ont été retenues pour publication, dont 16 du premier coup, et une nouvelle retenue par le deuxième éditeur à qui je l’ai envoyée. On est loin des dizaines de lettres de refus évoquées quand on parle de publication.

Pour autant, je ne suis pas du tout en train de prétendre que je suis une auteure géniale que tous les éditeurs s’arrachent. Du tout, du tout.
Je ne suis pas géniale, mais je suis sérieuse. Je travaille. Je relis mes textes, je les corrige, et les fais relire par d’autres . Je n’envoie une nouvelle que quand j’en suis satisfaite, que quand je pense qu’elle a des chances de retenir l’attention de l’éditeur. Je n’envoie pas tout ce que j’écris, loin de là.
Outre le travail apporté au texte, je fais donc attention à ce que l’éditeur attend. Je regarde ce qu’il dit de lui, de sa ligne éditoriale, je regarde qui sont les auteurs qu’il a déjà publiés, si possible, j’essaie de lire quelques-uns de ses livres, ou au moins des extraits. Et ça marche parce que, apparemment, j’arrive à envoyer aux éditeurs le genre de textes qu’ils attendent.

Alors oui, quand je compare mon taux d’acceptation aux dizaines de lettres de refus essuyées par nombre de primo-romanciers, la différence ne tient pas à nos talents respectifs d’auteurs, mais bien au fait que l’éditeur n’attend pas leur roman, alors qu’il attend des réponses à son AT.
Là-dessus, vous me répondrez peut-être : « c’est bien joli tout ça, mais moi, les nouvelles, pourquoi pas pour me distraire, mais ce que je veux, c’est publier un « vrai » livre. Un roman. »
Certes. Mais c’est aussi ça qu’il y a de cool avec les AT. En général, les éditeurs ne publient pas que des anthologies de nouvelles. Et s’il arrive que vous collaboriez fréquemment avec le même éditeur, sur des anthologies de nouvelles, il y a fort à parier qu’il aime ce que vous écrivez. Et que donc, si vous vous décidez à lui envoyer un jour un roman, il y sera nettement plus réceptif que si votre nom lui était totalement inconnu. Et qui sait, peut-être même que c’est lui qui vous demandera si vous n’avez pas un roman à lui envoyer. Et dans ce cas-là, vos chances que le roman en question soit retenu sont largement supérieures à 1 sur 6000.
Par ailleurs, certains éditeurs (généralement un peu moins connus que M. Gallimard) procèdent également à des appels à manuscrits pour découvrir de nouveaux auteurs.

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2 réflexions sur “Maximiser les chances de voir son texte édité

  1. Excellent article, qui rappelle beaucoup de vérités et permet effectivement de relativiser le 1/6000 qui, lorsqu’on est soi-même publié, parait en effet énorme. Je plussoie entièrement. 🙂

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