Lecture : La valse des sentiments, Marie Lerouge

Quand j’ai commencé à me dire que ça pourrait être cool de publier mes propres histoires, et de sortir du cocon douillet de la fanfiction, j’ai essayé de trouver des éditeurs qui correspondraient à ce que j’écrivais, c’est à dire de la romance. Evidemment, le grand leader du genre était bien sûr Harlequin. Mais à l’époque, ils ne publiaient que des traductions d’oeuvres anglophones. Grosso modo, personne ne publiait de romance francophone. Les choses ont bien changé depuis, avec pas mal d’éditeurs, numériques et/ou papier qui se sont spécialisés dans le genre – notamment Láska, chez qui j’ai publié mes premiers textes. Et Harlequin a suivi le mouvement, avec la collection HQN, entièrement réservée aux auteurs francophones. (A noter que, contrairement à ce à quoi Harlequin nous a habitués, HQN s’ouvre à d’autres genres que la romance.)

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Du coup, j’étais pas mal curieuse de lire ce qui se faisait chez eux, et l’occasion m’en a été donnée grâce à Marie Lerouge et les responsables du service presse HQN, que je remercie. Marie Lerouge est l’auteure de La valse des sentiments. J’ai tout de suite flashé sur la couv’ quand je l’ai vue défiler dans mon feeds facebook, et c’est comme ça que je suis rentrée en contact avec l’auteure.

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L’histoire en quelques mots…
Clara est une jeune violoniste, au tout début de sa carrière qui s’annonce brillante. A un concert dans sa ville d’origine, Strasbourg, elle rencontre Tristan un industriel complètement néophyte en matière de musique, mais qui tombe sous le charme de la jolie violoniste. Le coup de foudre est réciproque. Mais Clara doit partir pour Paris, où elle va intégrer une école prestigieuse. Leur relation tiendra-t-elle le choc de la distance ? C’est toute la question de ce roman.
Comme c’est une romance, on se doute déjà de la réponse. Mais par quelles péripéties va-t-on passer entre temps ? C’est ça qui est vraiment intéressant.

Un des trucs les plus importants pour moi dans une histoire, c’est les personnages. S’ils n’ont pas assez de substance, même si l’intrigue est super fouillée et intéressante, rien à faire, je n’accrocherais pas. Et c’est pas toujours évident d’avoir de bons personnages dans une romance, parce que mine de rien, on se retrouve souvent avec le même type de rôles, et donc des personnages un peu répétitifs d’un texte à l’autre. C’est pour ça que j’ai apprécié cette lecture, parce que Marie Lerouge soigne ses personnages principaux (ce qui est le minimum, me direz-vous) mais prend aussi le temps de brosser des personnages secondaires qui ont de la consistance.
La mère de Clara, vive, pleine de bonne humeur et d’amour inconditionnel pour sa fille, elle-même professeure de musique à qui on soupçonne un passé tumultueux ; le père de Tristan, brasseur débonnaire, soumis à sa femme, qui se rêve secrètement viticulteur ; Lambert Corta, le professeur exigeant et parfois abusif ; Pavel, l’ami de la mère de Clara, qui héberge la jeune fille à Paris… Tous ces personnages tissent autant de micro-intrigues qui viennent se greffer sur le fil narratif principal et soutiennent l’intérêt du roman.
J’ai apprécié aussi que Clara et Tristan ne soient pas infaillibles. Ils ont chacun leurs défauts et leur relation n’est pas un long fleuve tranquille. Parfois ils communiquent mal, parfois ils en demandent simplement trop. En dehors du caractère des personnages, il me semble que Marie Lerouge est parvenue à dépeindre de façon réaliste une relation à distance : même si on s’aime, les choses se compliquent inévitablement parce que la distance donne une autre coloration aux choses, on ne sait plus relativiser, on perd peu à peu sa confiance. D’où des scènes très touchantes où Tristan et Clara n’arrivent pas à se retrouver après une absence, ou pas comme il faudrait.
Enfin, le décor (Strasbourg, Paris) et les thèmes (la musique, la carrière de Tristan) sont bien plantés et fournissent des supports solides à l’intrigue. J’ai bien aimé notamment, la façon dont les titres de chapitres reprennent des termes musicaux et annoncent ainsi le rythme du roman.

Dans les points que j’ai moins aimés… la façon dont Marie Lerouge gère les deux « rivaux » du couple principal : Roméo, l’ancien petit ami de Clara, et Delphine, l’avocate qui cherche à tout prix à mettre Tristan dans son lit. Justement, j’ai bien aimé ce que Marie Lerouge fait avec Roméo, parce qu’elle n’essaie pas de le rendre antipathique. Il fait bien quelques tentatives pour récupérer Clara, mais dans le respect d’elle, et sans prendre ombrage de son nouveau bonheur. Non, ce qui ne m’a pas convaincue dans ce « triangle » (entre guillemets, car on comprend très vite que le pauvre Roméo n’est pas une menace pour Tristan), c’est la désinvolture avec laquelle Clara le jette. Il fait une remarque un peu moqueuse sur Tristan (qu’ils ne connaissent pas encore) et elle rompt avec lui, de façon humiliante, devant leurs connaissances communes. J’ai trouvé ça un peu fort, pas super réaliste (on n’avait pas d’indice que Clara voulait rompre avant, et c’est un peu léger comme raison de rupture, une simple plaisanterie) et ça ne m’a pas rendu Clara super sympathique.
Pour Delphine, j’ai trouvé le personnage outré, loin des nuances des autres personnages secondaires – limite, j’avais l’impression de me retrouver face à la méchante d’un soap opera. Ce qui me gêne, avec ce type de personnages, c’est pas qu’elle soit « méchante », c’est que je n’arrive pas à comprendre ses motivations. Je n’entre pas dans les détails pour éviter les spoilers, mais grosso modo elle veut forcer Tristan à quelque chose qui le rendrait malheureux, mais le problème, c’est que ça ne la rendrait pas non plus heureuse elle-même, en fait, j’ai du mal à voir ce que ça lui apporterait, à part des problèmes et une existence misérable. Enfin, elle finit par changer d’avis, ce qui « sauve » un peu le personnage, encore une fois, pas parce qu’elle devient « gentille » mais parce que son entêtement jusque-là semblait absurde et pas très réaliste.

Enfin, détail dont je ne sais pas s’il est la responsabilité de l’éditeur ou de l’auteur : les notes de fin de chapitres que j’ai trouvées franchement énervantes. Ce n’est effectivement qu’un détail, mais ça me faisait sortir de l’histoire à chaque fin de chapitre, en me demandant pourquoi on jugeait utile de m’expliquer que Debussy est un « compositeur français (1862-1918) ». Je veux dire, quand bien même je n’aurais jamais entendu parler de Debussy avant, le contexte m’aurait fait aisément comprendre qu’il s’agissait d’un compositeur, et avoir des informations aussi factuelles que ses dates de naissance et de mort, c’est pas vraiment ce qui importe quand on lit un roman.

Bref, en résumé, une jolie histoire avec de bons personnages, de chouettes décors et un thème (le violon) bien exploité – quelques maladresses, mais rien de rédhibitoire.

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